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direction experte et attentive de leur créateur, les augustaux, particulière-
ment les alphabets à figures, ornés et niellés, changèrent du tout au tout la
physionomie du livre. L'idée de Perrin, en créant un nouveau type à une
époque où, depuis plus de cinquante ans, les imprimeurs ne se servaient
plus guère que de didot, didots pitoyables, d'ailleurs, et déformés à l'envi,
l'idée de Perrin avait été de ressusciter les vieux types elzéviriens ; il expli-
que cette pensée dans une lettre écrite au comte de Soultrait, le 20 février
1855:
      « Vous me demandez, Monsieur, par quel caprice je cherche à ressus-
citer aujourd'hui des types du seizième siècle, et si j'ai conçu le fol espoir de
les voir adopter par nos contemporains pour la publication de leurs Å“uvres.
Je vous avoue que ce n'est pas là ma pensée, et je n'oserais peut-être pas les
proposer pour éditer un Lamartine ; mais en est-il de même pour nos vieux
écrivains, et ne seriez-vous pas disposé, Monsieur, à admettre une distinc-
tion ?
     « Pour ma part, j'ai souvent à réimprimer d'anciennes poésies, et ce
travail me cause chaque fois un singulier malaise ; je ne peux pas reconnaî-
tre dans mes pages d'épreuves ces vers qui me semblent tout autres dans les
éditions de la belle époque. Cette orthographe qui jadis fut la bonne, ces
expressions et ces tournures dont je ne suis pas choqué si je les vois dans des
bouquins jaunis, deviennent autant d'énigmes pour moi dès que je veux les
reproduire avec nos caractères modernes sur un papier bien blanc et bien
satiné. La Louise Labé que j'ai imprimée en 1824 me fait l'effet d'un faux et
me cause un remords ; pour retrouver la Belle Cordière, il faut la rechercher
dans les éditions de Jean de Tournes.
     « Voilà pourquoi, Monsieur, j'ai essayé ces essais si imparfaits encore
mais que j'espère améliorer. Je veux réparer mes torts et donner à l'avenir
mes réimpressions plus intelligibles et plus vraies, en dépit de la mode. Nos
poinçons d'aujourd'hui, si nets, si corrects, si régulièrement alignés, si
mathématiquement symétriques... ont leur mérite, sans doute, mais je vou-
drais les réserver à l'impression des rapports sur le chemin de fer.