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                UN EXEMPLAIRE D ' H I P P O C R A T E      415

    C'est à peu près la légende qui a cours aujourd'hui.
    En effet, que dit la foule? Que savent les esprits superfi-
 ciels et badins, quand on les met sur le chapitre, si à la
 mode aujourd'hui, du grand Alcofribas? Que Rabelais fut
 un biberon, un adorateur de la purée septembrale, un sen-
 suel, un égrillard, un facétieux qui a fait des livres plaisants,
 désopilants, et entre autres : « Les horribles et espouvantables
faicts et prouesses du très renommé Pantagruel, roy des Dipsodes
 ou la pantagruélique prognostication certaine et infaillible com-
posée au profit et advisemenl de gens estourdis et musars de na-
 ture ; » un défroqué irrévérencieux, plus disposé à baiser
les chausses du Pape que sa mule, et là-dessus, on est parti;
 on l'a loué, acclamé, glorifié, souvent sans l'avoir compris,
 plus souvent sans l'avoir lu, sans avoir cassé F os, comme il
 le dit lui-même, et les mêmes innocents lecteurs, qui ont
 confondu Molière et Scapin, qui ont pris Don Quicholtepom
 un roman et Gulliver pour un amusant badinage, se sont
 esclaffé de rire aux lardons salés et aux farces de haute
 graisse, dont un philosophe railleur enveloppait ses leçons.
    Excellent de rire, mais ce n'était pas une simple amusette
 que leur présentait l'immortel enfant de Chinon.
    Demandez ce qu'en pensaient alors Sébastien Gryphe, ce
 savant de premier ordre, ce géant de l'imprimerie lyonnaise ;
 Jean de Tournes, le typographe élégant; François Juste,
 Junte, Dolet, Marot, cette pléiade brillante qui fut la gloire
 de Lyon au xvie siècle; les frères Vauzelles, malgré leur
 austérité, Symphorien Champier, Claude de Bellièvre,
 Aneau, du Choul, Maurice Sève, du Peyrat, Voulté, société
 charmante et savante qu'embellissaient des femmes comme
 on n'en voit plus : Louise Labé, Clémence de Bourges,
 Pernette du Guillet, Claudine et Sibylle Sève; consultez-
  cs eux-mêmes, étudiez leurs écrits, et vous verrez si on