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230              UNE VILLE DU MOYEN AGE

bernent à Pavie. Mais, par exemple, le plus ignare des fran-
çais a su, dès sa nourrice, et aime à répéter dans son âge
mûr, que le premier fut « porté-z-en terre par quatre-z-offi-
ciers, » et que, « un quart d'heure avant sa mort, » le second
« était encore en vie ».
    Une chanson a suffi pour vouer ces deux rudes soldats à
un ridicule éternel. C'est aussi à une chanson que Carcas-
sonne doit l'auréole burlesque dont est couronné son nom.
Sûrement, l'auteur de cette chanson « n avait jamais vu
Carcassonne ». Autrement, il eût choisi Montauban ou Nar-
bonne pour en amuser ses contemporains. Car, si jamais
ville prêta peu à rire, c'est la vieille citadelle des Visigoths,
que ses douze siècles si robustement portés et ses inesti-
mables beautés archéologiques auraient peut-être dû pré-
server de la caricature.
    N'étant ni parent, ni allié à aucun degré de M. Prud-
homme, je ne crierai pas « au sacrilège! » La chanson a
 des droits imprescriptibles, que je respecte. Je crois ne pr.s
 les méconnaître en prouvant à ceux de mes concitoyens
 qui n'ont jamais vu Carcassonne qu'ils ont grand tort
 et que, s'ils ont la fibre artistique tant soit peu sensible, ils
 trouveront dans cette visite des jouissances dont les jolis
 vers de-Nadaud n'ont pu leur donner qu'une idée très loin-
 taine.
    Plus heureux qu'eux, j'ai vu cinq fois Carcassonne, et je
 me promets bien d'y retourner à mon premier loisir. Si
 l'on en excepte Pierrefonds, je ne pense pas qu'il existe en
  France un plus extraordinaire spécimen, plus vaste, plus
  complet et mieux conservé, de la ville forte du moyen âge.
  Encore Pierrefonds n'est-il qu'un château; Carcassonne est
  une cité.
     Je dois expliquer tout de suite, pour l'édification du lec-