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2 26 L EMPEREUR D'ARLES
Son dernier mot, lorsque, arrêté, il se frappe de son
épée, respire le même orgueil farouche :
Vois ce char triomphal, vois le peuple romain
Unanime à m'offrir dans son deuil grandiose,
Ce que tu n'auras pas, chrétien, l'apothéose !
A genoux, tous ! Reçois mon dédain pour adieu
Et règne en paix! Tu n'es qu'empereur
Je suis dieu !
La pièce n'ayant pas encore été imprimée,, il est difficile,
après une simple audition, de porter sur l'œuvre un juge-
ment définitif. Aussi serai-je sobre dans mes critiques.
De son propre aveu, l'auteur s'est proposé pour thèse :
« L'idéal grec transmis à la Gaule devenue chrétienne, Ã
travers et malgré la tyrannie des Césars romains. » Or, si
un drame tiré de l'histoire peut et doit même apporter un
enseignement, il est presque toujours dangereux de vouloir
le transformer en pièce à thèse. Et, dans le cas présent, il
y a ceci de fâcheux que le représentant de l'idée païenne et
du césarisme montre un caractère plus haut et fait preuve
de plus de logique que l'indécis Constantin.
Une seconde remarque, c'est que l'auteur a voulu donner
une égale importance à tous les rôles. Ce procédé, contraire
aux règles de l'art scénique et de l'art en général, et que ne
justifie nullement ce qui se passe dans la réalité, produit
parfois des effets contraires à ceux qu'en attendait le poète.
Il aurait dû surtout, pour le rôle de l'eunuque Glabérius,
se souvenir que Shakespeare n'accorde aux bouffons qu'une
place très accessoire dans ses tragédies.
Quant aux vers de M. Mouzin, ils appartiennent, je l'ai
dit, à l'école-moderne : rimes recherchées et riches, enjam-
bements voulus, avec un certain respect, toutefois, pour la