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PEINTRE LYONNAIS I97
de l'Institut en remplacement même de Dumas (s).
A cette époque, Dumas, grâce aux libéralités de Bodi-
nier, terminait enfin son œuvre capitale, Les apôtres Pierre
et Paul allant à la mort. Jusqu'à son dernier jour, il garda
pour Bodinier la plus filiale reconnaissance.
La composition de ce tableau est bonne et mûrement
réfléchie. L'action est bien rendue. Il y a de la noblesse
dans cette scène dramatique mais non théâtrale. Les apôtres
se serrent la main en se disant adieu. Les têtes sont belles
et expriment une résolution virile. Leurs yeux sont tournés
vers le ciel, où ils se donnent rendez-vous ; la foi qui les
anime se communique au spectateur. Tout est grave dans
cette vaste toile On pourrait seulement regretter, peut-
être, quelques sécheresses dans certaines parties et un peu
d'insuffisance de lumière sur les deux saints.
Enfin, si notre ami n'a pas encore complètement atteint
les maîtres, il est dans leur voie et marche visiblement sur
leurs traces. Cette œuvre marque un pas décisif dans la
carrière de Dumas; son talent a pris de l'ampleur et de
l'aisance. Encore quelques efforts et nous aurons un grand
peintre, comme nous avons déjà un grand dessinateur.
Pie IX ayant désiré voir ce tableau, il fut porté au Vati-
can. Le Pape non seulement donna à l'artiste ses plus gra-
cieuses félicitations, mais encore la croix de Saint-Sylvestre.
(5) L'amitié de Chenavard et de Dumas ne se démentit jamais.
Pendant les dernières années de la vie de celui-ci, ils se voyaient tous
les jours. Chenavard avait fait les croquis d'une décoration très com-
plète du grand escalier de notre Musée. Son grand âge ne lui permet-
tant pas de peindre, il se proposait, si son projet se réalisait, de confier
l'exécution à Dumas. Mais, entre temps, Puvis de Chavanne avait été
chargé de la décoration (Noie de la Rédaction).