Pour une meilleure navigation sur le site, activez javascript.
[ Revenir aux résultats de la recherche ]
page suivante »
                 LA MARCHANDE D'OR ANGES                    I43

des'malheureux passants, en dépit de toutes les ordonnances
du monde, la poussière de ses tapis.
   Et ni l'essaim des facteurs qui sortent en bourdonnant de
la poste de Bellecour et s'éloignent dans toutes les direc-
tions, semant sur leur passage et dans chaque maison,
comme de bons et de mauvais génies, la joie, la douleur,
l'espérance, la fortune, le découragement, la ruine ; ni le
vieux commissionnaire abrité sous sa guérite roulante, et
embarrassé, sans pouvoir s'y reconnaître jamais, dans l'é-
cheveau embrouillé de la politique que lui dévide jour par
jour un mauvais journal d'un sou ; ni le conducteur de
tramway qui fait- quotidiennement vingt-trois fois le trajet
de Perrache aux Brotteaux et vingt-quatre fois, ni une de
plus ni une de moins, le trajet des Brotteaux à Perrache;
ni rien enfin de ce qui passe ou stationne chaque jour
sur l'immense place Bellecour, ne pourrait enlever la
moindre épaisseur de l'obscurité qui entoure tout ce qui
concerne la petite vieille, à la peau jaune et ridée comme
ses oranges, que personne ne se rappelle avoir vue manquer
un jour, un seul, de se tenir à cette même place, à l'entrée
de la rue de la Charité, près de la porte de l'église, offrant
d'un geste lent et muet sa pauvre marchandise aux passants.
  Les fillettes qui dansent en rond autour du Grand Roi
pensif et fier sur son cheval de bronze, tandis que la musique
militaire secoue sur la foule l'harmonie de la valse de Klein :

        « Mon bien-aimé, tu veux donc que je pleure?.,. »


  Et les mères de ces fillettes, plongées en de graves dis-
cussions sur le relevage d'un pouf ou l'ampleur d'un bas de
jupe; et les grand'mères de ces mêmes fillettes absorbées
dans la contemplation intérieure des'beaux jours qui ne