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ET LA POÉSIE PHILOSOPHIQUE $T
opérées à des degrés inégaux de réflexion (6). »
Ainsi, l'auteur semble se prononcer pour une sorte de
panthéisme assez analogue à celui de Spinosa (7). Les êtres
de toute nature ne sont que des modes d'une substance
unique et la diversité des apparences, au lieu de supposer
des causes différentes, ne fait qu'attester les procédés encore
rudimentaires d'une science incomplète. Cette substance
unique, n'est-ce pas le Dieu qu'on cherche en vain Ã
découvrir et à définir.
Dieu n'est pas rien, mais Dieu n'est personne; il est Tout (8).
Mais, d'une manière assez inattendue, de Spinosa
nous passons à Kant. Le haut sentiment moral du poète
proteste contre sa métaphysique. Il se trouve à l'étroit dans
ce monde occupé tout entier par ce Dieu inconscient,
(6) Trad. de Lucrèce. Préface, p. 72-74.
(7) La prédilection secrète, toute naturelle, d'ailleurs, étant donné le
cours de ses idées, de notre poète pour Spinosa, s'est attestée par le
sonnet suivant, intitulé Un bonhomme et inséré dans les Epreuves :
C'était un homme doux, de chétive santé,
Qui, tout en polissant des verres de lunettes,
Mit l'essence divine en formules très nettes,
Si nettes que le monde en fût épouvanté.
Ce sage démontrait avec simplicité
Que le bien et le mal sont d'antiques sornettes,
Et les libres mortels d'humbles marionnette?,
Dont le fil est aux mains de la nécessité.
Pieux admirateur de la Sainte Écriture
Il n'y voulait pas voir un Dieu contre nature ;
A quoi la synagogue en rage s'opposa.
.Loin d'elle, polissant des verres de lunettes,
Il aidait les savants à compter les planètes.
C'était un homme doux, Baruch de Spinosa.
(8) Les Epreuves, p. 30. Les Dieux.