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LE PREMIER AMOUR D'UN VIEUX GROGNARD 421
des voitures sur les pavés. Ici, au contraire, ils retentissent
avec un éclat digne d'eux en se heurtant à des murs de
granit ou de basalte. L'orage à Paris et à Lyon semble
un ténor obligé de chanter en plein air dans un milieu
bruyant. En Vivarais, c'est un chanteur puissant dans une
salle sonore; les échos des vallées ne laissent perdre aucune
de ses roulades.
Mme Durand, effrayée par l'orage, s'était approchée pour
fermer la fenêtre.
— Je t'en prie, mère, dit Jeanne, laisse-moi entendre
le concert du bon Dieu. Je perçois, même en fermant les
yeux, les éclairs qui passent, et peut-être y en aura-t-il un
qui me rendra la vue.
Elle fit approcher, bien en face de la croisée, le fauteuil
où elle était assise, ne se doutant guère que celui qui l'ai-
mait déjà tant était là , à deux pas, encore plus brûlant que
mouillé et la dévorant du regard.
— Je cède à tous tes caprices, dit la mère. Peut-être ai-je
tort. Ne ferais-tu pas mieux, mon enfant, de te coucher ?
Le sommeil serait pour toi le plus .sûr des remèdes.
— Pardonne-moi, mèro chérie, je sens que je ne pour-
rais dormir et ce bon vent de la nuit, mêlé de bruits
d'orages, me rafraîchit le sang. Il faut être indulgente. Tu
sais que les malades sont dominés souvent par leurs fan-
taisies.
Après un instant de silence, elle reprit :
— Mère, que dis-tu de ce jeune homme ?
— Je n'en dis rien, ma fille. Est-ce que j'ai le temps de
penser à autre chose qu'à toi, à ta santé ?
— Eh bien! mère, comme je ne dois rien te cacher, je
t'avoue franchement qu'il me plaît.
— Sainte Vierge ! exclama Mme Durand. Comme on te