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272 LE PREMIER AMOUR D*UN VIEUX GROGNARD
de la Révolution n'avaient pas brûlé ce précieux recueil, il
me serait facile de démontrer qu'en dehors du Pater, la
sagesse antique ne nous avait rien laissé à découvrir.
Enfin, l'abbé Velay était, par dessus tout, un ami sûr et
un excellent prêtre, et je le regrettai sincèrement quand,
mes études finies, il nous quitta pour aller occuper un poste
de curé à l'extrémité méridionale du Vivarais.
Il fallait choisir une carrière. Mon père, sous l'influence
de son humeur philosophique, peut-être par un peu d'apa-
thie, me laissait à cet égard toute liberté d'action. Il consi-
dérait toutes les professions, libérales ou autres, comme se
valant à peu près, sinon par elles-mêmes, au moins par la
façon dont elles sont exercées, ce qu'on a traduit depuis
par le proverbe qu'il n'y a pas de sots métiers, mais seule-
ment des sottes gens. Il n'avait d'antipathie marquée que
pour les fonctions publiques comme peu compatibles avec
une véritable indépendance de caractère et d'idées.
Je n'avais pas de vocation bien déterminée. Cependant
les leçons de l'abbé Velay m'avaient inspiré un certain
goût pour la médecine, et il fut convenu que j'irais faire
mes études à Montpellier.
A. MAZON.
{A suivre.}