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248 LES DÉBUTS ORATOIRES
Le lieu est suffisamment désigné par cette apostrophe Ã
la nièce du prélat, Mme de Villeroy, carmélite :
L'opprobre de Jésus-Christ a eu cependant plus de charmes pour
votre cœur que. toute cette pompe de l'Egypte, illustre fille qui m'écou-
tez. Aussi en vous entretenant de la gloire de votre famille, je n'ai pas
voulu affaiblir votre foi, mais aider votre reconnaissance, et vous expo"
ser plutôt les périls dont la grâce vous a délivrée, que vous faire estimer
de faux biens et de vains honneurs que vous avez si généreusement
méprisés.
La date que nous avons indiquée est confirmée par les
allusions au testament du défunt qui interdisait toute
Oraison funèbre :
Et nous-même, aujourd'hui, ne sommes-nous pas obligé de trahir
par cet éloge public, non seulement ses plus chers sentiments, mais
encore ces dernières intentions des mourants, qui sont comme d'autres
restes précieux auxquels il n'est pas permis de toucher, et qu'une espèce
de religion civile a rendues presque aussi sacrées pour les hommes,
que les cendres mêmes et les dépouilles de leurs tombeaux. Je n'ignore
pas que ce discours funèbre, destiné à relever ses vertus est une ma-
nière d'insulte faite à sa mémoire et que nous violons, pour ainsi dire,
ses cendres à force de les respecter.
Il fallait, âme généreuse et modeste, que vous eussiez la gloire
de refuser les louanges, et qu'une juste reconnaissance eut la liberté de
vous les offrir. Faut-il vous refuser des honneurs solennels, parce que
vous vous en êtes rendu plus digne en les refusant ? Et quand est-ce
donc qu'on pourrait louer la vertu, s'il fallait attendre qu'elle y con-
sentît elle-même? Non, une défense si modeste mérite bien qu'on
désobéisse (23).
(23) Edition de 1708. L'édition définitive de P.-Joseph Massillon
transporte ce paragraphe dans un autre endroit en l'abrégeant. On
saisit la révision, car on a fait disparaître une faute de goût assez sen-
sible.