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20^                A LA SALLE DE DANSE




                             * *



   Trente années s'écoulèrent lentement, ajoutant l'une
après l'autre leur fardeau et leur glace sur le cœur. Que de
fois, durant ces années, l'image triste d'Adrienne m'est
apparue.
   On était en 1873. En lisant le Journal de Lyon, mes yeux
tombèrent sur un article où l'on parlait de la vente de la
bibliothèque de feu M. Randin, de son vivant confiseur
place de la Comédie. — Tiens, dis-je, le confiseur de la
pauvre Adrienne !
   Mon ridicule amour des plus petites choses, pourvu
qu'elles soient lyonnaises et vieilles, me fit écrire au jour-
nal une lettre rectifiant une erreur insignifiante. Presque
malgré moi, j'y fis une allusion à Adrienne. — Pourquoi ?
— Cela ne pouvait intéresser personne. — C'était comme
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pour me montrer à moi-même que je ne l'avais pas oubliée.
 Par discrétion, je reculai les dates. La lettre parut dans le
numéro du 13 décembre. Je la transcris ici, toute futile
qu'on la peut trouver :

  « M. Randin, dites-vous, était l'un des deux confiseurs
qu'on appelait « les Suisses », ces braves Suisses, qui, autour
de chaque premier de l'an, ont causé tant d'indigestions
aux petits Lyonnais. Vous ne vous êtes guère trompé que
de dix-huit pouces de ville, l'épaisseur d'un mur mitoyen,
mais enfin, vous vous êtes trompé. Le Suisse n'était pas
Randin, mais Petzi, la porte à côté.
  « Petzi était quelque chose comme un confiseur pana-