page suivante »
CROQJJIS NIÇOIS 145
Ch. Garnier. Elle est d'un aspect fort riche, sans rien de
criard. Sa forme est celle d'un carré aux angles coupés.
Au fond, une galerie composée de trois grandes loges. A
chaque angle, une loge en forme de balcon. Les voussures
du plafond ont été décorées par des peintres renommés :
Boulanger, qui a réprésenté la Musique; Clairin, la Danse;
Feyen-Perrin, le Chant; Lix, la Comédie. Cette dernière
composition est celle que je préfère pour l'harmonieuse
distribution des groupes, la grâce des attitudes et la richesse
du coloris. De l'oeuvre de Feyen-Perrin, conçue avec sim-
plicité et dans une tonalité un peu noyée, se dégage une
poésie sereine et grandiose qui contraste avec ce qu'il y a de
violent, de tourmenté, je dirai même de romantique dans
la façon dont Boulanger a traité le sujet qui fait vis-à -vis.
Beaucoup de hardiesse dans la Danse de Clairin. Le gé-
nie aux ailes bleues largement déployées et qui joue du
violon offre une belle étude de raccourci, mais le groupe
des ballerines qui s'agitent dans le ballonnement des jupes
de gaze blanche paraît confus. Tel est du moins mon hum-
ble avis.
Dans cette magnifique salle, un orchestre hors pair se
fait entendre deux fois par jour. Le mardi et le samedi,
une fois seulement, car il y a, le soir, représentation d'opé-
rette ou d'opéra-comique avec le concours d'étoiles pari-
siennes. Le jeudi, dans l'après-midi, concert de musique
classique toujours assidûment suivi.
Un pont qui traverse la voie ferrée fait communiquer les
terrasses de Monte-Carlo avec le tir aux pigeons dont la
pelouse est soutenue par une maçonnerie que la mer
bat de ses vaguelettes. Les plus adroits tireurs s'y don-
nent rendez-vous et, des terrasses, on assiste journelle-
ment à des massacres. Mais, j'y pense, le jeu n'est-il pas
aussi un tir aux pigeons ?
N° 2. - Février 1886. 10