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FAVRE, VAUGELAS. 209
duite de tout l'ouvrage. Mais il ne lui fut pas donné, Ã
lui le précurseur, d'être encore le metteur en œuvre
dans l'exécution du monument. Il lui aurait fallu une
seconde vie pour en venir à bout et en voir la fin. »
Estimé de la Cour et de toute la ville, réglé dans sa
dépense et dans sa conduite, Vaugelas n'en mourut pas
moins fort pauvre en février 1650, âgé de 65 ans. Il
souffrait, depuis la fin de 1649, de douleurs violentes à la
rate : un mieux se manifesta, il se crut soulagé et voulut
aller prendre l'air dans les jardins de l'hôtel de Soissons,
où il avait un appartement. Mais son mal le reprit avec
plus de violence ; il envoya un de ses valets appeler du
secours : avant le retour de ce dernier, l'autre étant sur-
venu, le trouva rendant un abcès par la bouche et lui de-
manda ce que c'était : « Fous voyez, mon ami, répondit-
il froidement, ce peu que c'est que de l'homme. » Et il
expira aussitôt après.
C'était un homme agréable, bien fait de corps et d'es-
prit et de belle taille ; il avait les yeux et les cheveux
noirs, le visage bien rempli et bien coloré. L'amabilité de
son caractère lai fit de nombreux amis, parmi lesquels,
Faret (1), de Chaudebonne, Voiture, et sur la fin de sa
vie, Chapelain et Conrart ; mais son ami de cœur était le
baron de Foras, qu'il appelait son frère,
Cela n'empêchait pas cet honnête homme si soigné, si
rangé dans son langage et dans son procédé envers tout
le monde, vivant d'ordinaire auprès des grands, d'être
criblé de dettes. On rapporte que sur la fin de sa vie,
pour éviter ses créanciers, il ne sortait que le soir, et on
(1) Nicolas Faret est né à Bourg en Bresse, vers 1565 : d'abord
avocat au Présidial de cette ville, puis académicien. On prétend que
c'est le besoin seul de [la rime qui le fit choisir par Boileau pour ré-
pondre au mot cabaret.
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