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382                LES LISEUSES DE ROMANS.

t'avait destinée, et dont la source tarira avant le temps au
souffle dévorant de désirs toujours déçus.
   Il est une classe de liseuses de romans qui se compose
de femmes mariées parvenues à la trentaine, et de filles sur
le retour. Les dangers qu'elles courent sontmoindres; mais
l'ennui qu'elles se procurent ou les ridicules qu'elles se
donnent sont palpables. Désespérées de voir s'enfuir der-
rière elles le pays des illusions dorées , elles s'efforcent d'y
voler de nouveau, portées sur les feuilles d'un magasin de
lecture; elles s'incarnent dans les héroïnes émouvantes;
elles se gorgent de leurs qualités, s'enduisent de leur ten-
dresse, et font rire à leurs dépens le nombre énorme de
ceux qui, vraiment, ne peuvent les suivre sur le terrain des
régions sentimentales où elles s'enfoncent en dépit de l'âge
positif et raisonnable incrusté sur leur figure. La femme
mariée voudrait alors que son époux reprît avec elle le ton
qu'il eut avant l'hyménée, elle est affamée d'attentions,
d'égards, de prévenances, de ces jolis petits soins qui ne
fleurissent qu'au mois du contrat et s'épanouissent sous
les rayons si doux de la lune de miel. L'époux, ainsi
qu'on peut bien le croire , ne saurait se céladoniser au gré
de sa romanesque moitié. Faire sa partie à son cercle lui
sourit bien plus que de faire l'amour à        à sa femme. II
souffre énormément de la comparaison que cette dernière
établit en lui et l'Amadis de la quinzaine ou le Galaor du
jour. Ces diables de héros-la amoindrissent ses qualités, et
font saillir les procédés un peu lestes qu'il se permet avec
sa Dulcinée de ménage, plongée jusqu'au cou dans la fine
fleur de la galanterie. L'humeur de madame et les défauts
de monsieur sortent souvent d'un même volume placé sur
la cheminée; car l'idéale perfection d'un amant sensible
et fidèle est. un patron périlleux pour les maris de nos
jours, et sur lequel peu de bourgeois sont taillés. Ah ! qu'il