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                       I. TERRAS ET Ce.                    297

   Il était réservé a Philippe Charvet et a Léopold Cerleau
de.mettre fin à cette situation précaire par un acte de gé-
nérosité et de désintéressement qui les honore. Us avaient
continué des relations avec la jeune marquise, et, tout en
respectant les antipathies invincibles de leur ancienne pa-
tronne, quand ils vireut tout espoir perdu de ce côté, ils
crurent devoir intervenir eux-mêmes, pour l'honneur des
Terras, auxquels ils devaient en partie leur fortune et leur
position. Devenus seuls chefs de cette grande maison, ils
proposèrent au marquis de prendre une part dans leurs
affaires et dans leurs bénéfices. Une telle proposition était
une fortune pour le jeune ménage. L'orgueil de la vieille
marquise ne marchanda pas trop en présence de cette dé-
rogation qui allait jeter un Chalendrese dans le négoce. Elle
eût été du reste bien susceptible : la première condition
posée par ces deux hommes généreux fut que le nom de
Chalendrese ne figurerait en aucune sorte dans les opéra-
tions du commerce exercé sous la raison sociale : Charvet,
Certeau et Ce. Le Chalendrese se dissimulerait sous la Com-
pagnie. La seconde condition fut que ladite Compagnie ne
se mêlerait de rien, si cela lui convenait. 11 était donc assez
facile de s'entendre : on s'entendit.
   L'affaire conclue, Charvet et Certeau en firent part carré-
ment à Mme Terras. Elle n'approuva ni ne blâma leur géné-
rosité, mais elle les reçut désormais avec une froideur qui,
sans rien changer à leur respectueuse déférence , persista
jusqu'à la fin de sa vie.
   Elle mourut trois ans après. Elle n'avait pu se décider à
tester, heureusement ; et cette grosse fortune, dont elle
n'avait pas même employé tous les revenus, tomba enfin
dans les mains de son unique héritière naturelle, sa nièce
la marquise.
   Gaston de Chalendrese quitta les affaires sans y être