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196 DU CULTE DE SAINT JEAN.
cation semblait être le motif de tous. Cette pensée de purification
se retrouve évidemment dans le cri que nous avons cité plus
haut des femmes grecques sautant par-dessus le feu : « Mes
péchés me quittent ! » — Ici se présente naturellement le sou-
venir des Palilies romaines. Ces fêtes commémoratives de la
fondation de Rome se célébraient en l'honneur de Paies aux
calendes de mai. Elles avaient deux caractères : elles se célé-
braient d'une manière à la ville et d'une autre à la campagne.
Toutes commençaient également par des purifications, des of -
frandes et des expiations.
A la campagne, les bergeries étaient ornées de feuillage, de
rameaux piqués dans la terre et leurs portes embellies de lon-
gues guirlandes. Les pasteurs, dès le crépuscule, prenaient des
branches de laurier, les trempaient dans une eau lustrale, en as-
pergeaient la terre et la balayaient ensuite avec ces mêmes
branches. Ils purifiaient leurs troupeaux en les exposant à des
fumigations de soufre et brûlaient des bois résineux, des herbes
aromatiques et du laurier. On n'immolait aucune victime, mais
on offrait à Paies de larges gâteaux, des fromages et du l'ait.
Après avoir invoqué les dieux trois fois , en se tournant vers
l'Orient, on se purifiait les mains dans une eau vive et l'on bu-
vait, dans une jatte rustique , un mélange de lait tiède et de
vin cuit appelé burranique, de sa couleur rousse, burra. Un
festin suivait ce sacrifice, puis on mettait le feu à des amas de
chaume disposés en trois monceaux, et les festoyants sautaient
e? faisaient sauter leurs troupeaux à travers les flammes, per-
suadés qu'ils assuraient par cette cérémonie purifiante la pros-
périté de l'homme et la santé de l'animal.
Si maintenant nous parcourions les contrées qui constituaient
l'Ancien-Monde, et interrogions les temps modernes, nous y
retrouverions, universellement répandues, les traditions païen-
nes sur l'excellence du feu (1), sur la vertu qu'il possède de pu-
(1) Les sacrifices païens finissaient par une invocation à Vesta, parce que
Vesta, disaient-ils, est la déesse du feu, sans lequel aucun sacrifice ne peut être
accompli.