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POÉSIE. 347
Car une loi d'en haut veut que tout ainsi passe,
Bien et mal, vie et mort, Ã peine on se souvient;
L'amour usé d'hier fait, sans laisser de trace,
Place à l'amour nouveau qui vient.
Es-tu donc dans la foi, magnifique langage,
Cantique que le cœur nous murmure en tout lieu,
La foi, secret du ciel, imprescriptible gage
De notre alliance avec Dieu ?
Dans la foi qui, pour l'homme, affranchi de ses langes,
Est ce qu'aux Hébreux fut la manne du désert,
Hymne de vérité, rhythme sacré des anges,
Dans leur ineffable concert?
Mais par l'erreur j'ai vu, de la foi déguisée,
D'âge en âge affaibli, s'éteindre enfin le son ;
Bientôt, comme une idole, elle tombe épuisée
Devant l'orgueil de la raison.
Où donc es-tu, Bonheur? car tu n'es pas le crime,
Écueil de la raison, gouffre étrange et sans bords,
Peut-être es-tu plutôt un mot, un but sublime,
Marqué par l'Éternel à nos vagues efforts !
Il est une plaine infinie,
Sphère éternelle d'harmonie,
Splendide palais du génie,
Où l'âme trouve le repos,
Quand, lasse d'user sa carrière
A travers l'humaine poussière,
' Elle va chercher la lumière
Des imaginaires coteaux.