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L'AFFÛT DU LOUP BLANC. 519
charge devant la bande. J'avais une belle peur... mais je
jetai les cris les plus menaçants que je pus tirer de mon
gosier , et j'agitai les pans de mon manteau pour en impo-
ser aux loups. Ce moyen me réussit. Ils déguerpirent la
queue basse. Quant à Grenaille et à Bricolo, blottis dans
l'angle de leur contrefort, je ne les aperçus pas.
— Voilà qui est très-rationnel, Monsieur l'abbé, mais les
longues défenses du loup blanc?
— Le mors de bride, sans doute.
— Soit! et vos griffes, Monsieur l'abbé?
— Je me servais d'e'triers à trois branches en fer étamé.
— Bon! et vos.....
Je pensai à propos que le bon abbé X... n'avait pas re-
noncé à l'ancien tricorne
J'ai transmis cette explication aux citoyens de la Ro-
che; on l'a trouvée trop naturelle, et personne n'a voulu y
croire.
Pour Grenaille, il raconte soixante-quinze fois par an sa
merveilleuse aventure, embellissant toujours le tableau de
quelques nouveaux traits. Ainsi, a l'heure qu'il est, non-seu-
lement il a vu le loup blanc, mais il lui a dit: merci ! et le
loupa répondu
— Que l'on confisque l'Angleterre, n'est-ce pas? inter-
rompt Jérôme Pitoflar.
— Non, il m'a dit: Grenaille, sois toujours honnête
homme! . .
Un singulier conseil pour la monture du diable ! ! !
DES ESSARTS.