page suivante »
354 LÉGENDES DE LA VILLE D'ARS.
sage qui a donné lieu à d'étranges erreurs. A en croire quel-
ques écrivains,—M. Troyon et M. l'abbé Ducis, entre autres,
—qui se sont occupés des découvertes lacustres dans les
contrées habitées jadis par la nation des AUobroges et qui
se sont emparés de ce texte comme d'une preuve venant a
l'appui de leur thèse, c'est probablement à la dernière cam-
pagne de J. César contre ce peuple, lors de la lutte suprême
de Vercingétorix, qu'il faudrait rapporter ce que l'auteur du
Lexicon a recueilli des anciens auteurs (1).
« Les AUobroges, dit M. l'abbé Ducis (2), se défendaient
dans leurs villages ou forts lacustres, établis à peu de dis-
tance de la rive des lacs. César faisait jeter des ponts volants
par lesquels les soldats parvinrent a incendier ces derniers
refuges allobroges. Les nombreuses stations lacustres trou-
vées aux bords des lacs allobroges du Léman, du Bourget,
d'Annecy et même d'Aiguebellette, viennent donner au récit
de Suidas une preuve palpable. »
Or, ne pouvant me résoudre, en présence de ces alléga-
tions, Ã accepter la traduction pure et simple de Dom Bouquet,
si éloignée de ce qu'on prête a Suidas, et, d'un autre côté,
ne me sentant point assez ferré sur le grec pour m'en rap-
porter a ma propre interprétation du texte original, je me
suis adressé a M. Roux, professeur de littérature ancienne
à la Faculté des lettres de Grenoble, qui a bien voulu me
traduire littéralement ce passage. Voici sa version, qu'il sera
facile a chacun de contrôler sur l'original du lexicographe
grec et sur la traduction latine du savant bénédictin qui lui
est entièrement conforme, à l'exception des nSms C. César,
intervertis dans ce dernier auteur (3).
(1) Il y a, dans cette dernière assertion, une méprise évidente : tout
le monde sait qu'en cette circonstance-les Allobroges restèrent fidèles à la
République romaine.
(2) Congrès de Chambéry, p. 526.
(3) V . la Pièce justificative E .