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208       SAINT MAURICE ET LA LÉGION THÉBÉENNE.-

caractère sacré s'attache a la personne impériale, s'avance
majestueusement à la tête du collège des prêtres, et va pren-
dre place sur la somptueuse estrade qui lui est destinée.
Dans sa haute et imposante stature, il ressemble au demi-
dieu dont il porte le nom.
    Son regard se promène sur le cycle immense que décrit
sa valeureuse.armée. Il compte ses légions: soudain, son
front se rembrunit: une d'elles, une seule, manque a l'ap-
pel ; c'est la légion Thébéenne, la fleur de ses soldats. En
vain ses yeux interrogent l'horizon ; ils ne rencontrent pas
l'aigle glorieux des guerriers du Nil.
    Un sombre pressentiment envahit son âme ; d'une voix
 altérée, il mande à un feciale de porter a Maurice et aux
siens, dans leur campement, l'ordre de se rendre incontinent
au lieu du sacrifice ; aucune cérémonie ne commencera
 avant leur arrivée.
    Le hérault part, suivi d'un peloton de cavaliers. Ils dévo-
 rent l'espace avec leurs chevaux syriens, et disparaissent
 dans un tourbillon de poussière.
    Deux heures s'étaient passées, et le messager impérial
n'avait pas reparu ; l'impatience et l'anxiété se -peignaient
sur tous les visages ; Maximien serrait d'une main crispée la
poignée d'or garnie de diamants de son large glaive.
    Un point noir apparaît enfin au débouché occidental de
la vallée; c'est l'escadron qui revient, mais il est seul: la
légion Thébéenne ne le suit pas.
    Au moment où !e feciale mit pied à terre devant l'Empe-
reur, il était haletant et poudreux, comme un cavalier qui
vient de fournir une très-longue carrière, les jarrets d'acier
de sa monture fléchissaient, et son poitrail était ruisselant
d'écume.
   Eh! bien? —dit l'Empereur, d'une voix sourde et con-
centrée.