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22 BIOGRAPHIE DE LÉON BOITEL.
Le voilà bien tel que vous l'avez aimé., vous tous qui
avez goûté les charmes de sa conversation, vous le voyez
encore dans sa mince taille, vif, alerte, toujours en mou-
vement, vous lançant de ses beaux yeux un doux regard,
plein de feu, secouant sa chevelure noire et soyeuse, et
vous tendant une main loyale avec un bonjour caressant.
Malgré son léger bégaiement, sa myopie, sa figure lon-
gue, maigre, osseuse, ses lèvres fortes et sensuelles, son
teint pâle, presque jaune, vous l'aimiez, vous tous qui
l'avez vu ; c'est que son âme était bonne, ardente et dé-
vouée, et que deux mots semblaient être sa devise :
Amour et amitié !
Il fit rire bien souvent de son plus charmant sourire
!£me Desbordes-Valmore par ses brusqueries, nous n'osons
dire ses maladresses presque proverbiales ; qu'on nous
permette d'en citer une, qu'il racontait lui-même avec la
plus divertissante bonhomie.
C'était à Sainte-Foy; on devait dîner chez M. Cailhava ;
Boitel était en retard, comme toujours, et les convives,
causant, devisant, se promenaient dans le jardin, en atten-
dant l'heure de se mettre à table. Arrivé près d'un bassin
à fleur de terre, M. Bonnefond s'arrête en souriant et dit
d'un ton moitié solennel, moitié badin : « Messieurs, voilÃ
le bassin dans lequel Boitel tombera avant ou après dîner. »
A cette prophétie burlesque répondent les plus joyeu-
ses exclamations.
Boitel arrive, il est salué, fêté par tous comme tou-
jours ; lorsqu'il a répondu à toutes ces avances auxquelles
l'affection de ses amis l'avait habitué, il aperçoit une belle
et large fleur qui reposait au milieu des eaux; il s'élance
sur la planche qui plongeait dans le bassin, se baisse pour
admirer ou cueillir la fraîche et gracieuse corolle, la plan-
che tourne, voilà Boitel dans l'eau.