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                          TOMBEAUX. ANTIQUES.                             253

nefs, en tout, tant au rez-de-chaussée qu'aux fenêtres, envi-
ron quatre-vingt colonnes de marbre. On peut a peine reve-
nir de surprise que l'aveuglement de la mode ait pu faire pré-
férer de lourds trumeaux lisses en plâtre a l'élégante et
somptueuse décoration de cette double colonnade en marbre
antique.
   L'œuvre de prétendue restauration a été accomplie de la
manière la plus brutale. Les saillies des chapitaux et leur tail-
loir ont été abattus ; les fûts de plusieurs colonnes ont été si
maltraités qu'Usera nécessaire de les retourner.
   Une reconnaissance des murs par le piquage de l'enduit
qui les recouvre a fait rencontrer de chaque côté du chœur
un arceau a plein cintre qu'un remplissage en maçonnerie
dérobait à la vue. L'un de ces deux arceaux, celui de gauche,
abritait autrefois le tombeau de saint Léonien qu'on voit ac-
tuellement en entrant dans l'église cathédrale de Saint-Maurice ;
une crédence pratiquée sur un côté de ce renfoncement et dé-
licatement ouvragée dans le style du XVe siècle est sans doute
le dernier reste aujourd'hui des embellissements apportés
par la dévotion de Louis XI à la tombe du saint fondateur
du Monastère de Saint-Pierre (1).
   Sous l'arceau opposé a été découvert un tombeau qu'une
épitaphe fixée au mur désignait être celui de saint Mamert

   (1) Un extrait de lettres patentes de Louis XI, données à Lyon en 1476,
qui se trouve dans l'inventaire des titres de la chambre des comtes de Gre-
noble, rappelle que « pour la singulière dévotion que ce prince avait aux
» glorieux corps de saint Agnan et de saint Léonien qui reposaient dans la
» dite église, il avoit fait construire el édiffier une chapelle d'ouvrage som-
» ptucux et magnifique, et en icclle fait faire une chasse d'argent où il avoit
« fait mettre le corps dudit saint Léonien et fondé, outre ce, une messe
» journalière, et qu'au devant de la dite chapelle il y auroitune lampe ar-
« dente perpétuellement. »
  Notice historique et critique sur le tombeau et l'épitaphe de saint Léonien
par Alfred de Tcrrebasse, 1858.