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ÃU BIBLIOGRAPHIE. Etouffait les tyrans avec la liberté. Ses pas avaient foulé la terre de Carthage ; La Grèce était en pleurs ; ses fils, dans 1 esclavage , Sur des bords étrangers maudissaient leurs vainqueurs. S'ils avaient pu du moins conserver dans leurs cÅ“urs L'espoir de l'opprimé, l'espoir de la vengeance ! Mais, non; c'en était fait... Leur dernière espérance, Corinthe, elle, à son tour, voyait sur ses remparts Des fils de Romulus flotter les étendards. La veille avait eu lieu la dernière bataille, etc. On respire, en lisant ces vers, quelque chose de grandiose et de magistral ; le style est ferme, précis ; la pensée est claire, la rime vient naturellement, sans adjectif parasite, sans adverbe complaisant ; la pièce coule comme un large fleuve, et si à la fin le Romain ne faisait pas une si belle réponse au vaincu de Co- rynthe, si les derniers vers du guerrier grec n'étaient pas un peu décolorés à côté de la majestueuse tirade du vainqueur ; cette pièce braverait la critique la plus minutieuse et la plus sé- vère et serait la meilleure du recueil. La pièce adressée aux Vieillards grondeurs ne brille pas peut-être par une morale très-châtiée, mais elle a de pré- cieuses qualités de poésie. Le vers alexandrin est jeté avec beaucoup d'habileté. Mes Rêves, adressés à M. Billiotet, rap- pellenti.e genre des Méditations; coupe de la strophe, allure du vers, ordre des pensées, c'est M. de Lamartine à vingt ans; l'Agonie appartient à la même école. Le Dernier festin d'Api- eius et Diane et Endymion sont des imitations assez heureuses de la littérature latine, la première surtout, bien supérieure à la seconde, le Chevalier Rodolphe nous ramène en plein moyen âge ; les Amants et le Petit oiseau , et un Episode de chasse, écrits avec assez de facilité dans la manière de Gresset, man- quent de goût quant au choix du sujet et ne peuvent être lus qu'entre jeunes gens, à côté d'un poêle rouge et près d'un plat de marrons. Les Vendangeurs sont d'une bonne facture ; il y a là une pensée morale et utile, c'est la pièce, avec Fin d'automne où le poète est le plus sûr de lui ; pas une fausse note dans son concert, pas une hésitation, pas une défaillance ; le musicien est maître de son instrument, l'oiseau a toutes ses plumes, le poète a senti qu'il a des ailes et il a pris son vol vers les régions élevées. En résumé, M. Barbier est poète dans la brillante acception du mot. Il a eu tort de prendre toutes ses poésies pour faire ce premier volume, un petit panier de beaux fruits est plus présen- table qu'une corbeille mélangée; mais, qu'on nous pardonne cette nouvelle et dernière comparaison, heureux est. le jardinier qui dans sa corbeille peut offrir de quoi faire un dessert digne des tables les plus vantées et de la préférence des plus difficiles amateurs. „ A. V.