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ARMOIRIES DE VIE>NE EN DAUPHINÉ. 208
Cette Confrérie que l'Inventaire des archives désigne tan-
tôt sous le nom de Confrérie des Marchands, tantôt sous
le nom expressif de Grande-Confrérie, réunissait, y compris
l'Archevêque et les dignitaires de l'Église, tout ce qu'il y
avait de considérable dans la ville. Les consuls, le vibailli,
le juge-royal, le lieutenant particulier, le procureur du roi,
l'avocat des pauvres, le procureur comtat, les greffiers du
bailliage se faisaient honneur d'assister à ses processions
générales et « d'y porter des torches aux armoiries de la
Confrérie. » A force de les voir briller dans ces solennités
on se persuada sans doute que l'orme, le calice et l'hostie
associés par une pratique centenaire ne devaient plus être
séparés. Toujours, est-il avéré, que très-peu de temps avant
1696, Vienne changea ses armoiries contre les insignes de
la Confrérie du Corps de Dieu, ou plutôt les insignes de
la Confrérie devinrent, sans que l'on sache comment, les
armoiries de Vienne. Il est à croire qu'une dévotion peu
éclairée fut le seul mobile de cette adoption, qu'il est plus
facile de constater que d'expliquer. Ce qu'il y a de certain,
c'est que le clergé lui-même ne s'aperçut pas de l'inconve-
nance qu'il y avait à accoler aux armoiries profanes d'une
cité les signes du Saint-Sacrement de l'autel, transformés
en cette rencontre, et pour la première et unique fois, en
meubles de blason.
On a cherché par la suite à sauver et à relever l'origine
assez obscure de cette innovation, en la rattachant à un
événement mémorable des annales de Vienne. Ce fut dans
cette ville, Ã la suite du concile, fameux par la suppression
de l'ordre des Templiers, que le pape Clément V confirma
et rendit obligatoire la Fête-Dieu ou du Très-Saint-Sacrement,
instituée par l'un de ses prédécesseurs (1). L'histoire n'en
(1) Clementinartim, lib. m, tit. xvi> De vdliquiis et venerotione soncfo-
rum apud corpus juris canoniei.