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104     LE PREMIER PUITS ARTÉSIEN BANS LE SAHARA.

 Comme on fouille un métal aux enfers arraché,
 Allez chercher ce fleuve aux profondeurs caché !
 Soulevez les monceaux de ce sable fragile !
 Pulvérisez ce grès, divisez cette argile ;
 Des marnes, des silex crevez les sédiments ;
 Des fossiles déjà voici les ossements ;
 Allez ! yoici la houille avec ses noirs feuillages ;
 Les marbres constellés qui furent coquillages ;
 Fendez ces lits épais, fendez ce minéral ;
 Vous sentez la chaleur partant du feu central ;
 Allez ! le roc résiste à l'acier qui se brise ?
 Courbé, qu'on le redresse ; émoussé, qu'on l'aiguise !
 La dent ronge, pénètre et mord sur le granit ;
 Le dénouement approche et l'œuvre s'aplanit ;
 Soldats et travailleurs, courage et patience !
 Le granit cède, il s'ouvre ! ô prodige ! ô science !
 S'élançant d'un seul bond des abîmes ouverts,
 Le torrent souterrain a jailli dans les airs !
  Reine des éléments, mère de la nature,
  De ce globe enchanté merveilleuse ceinture,
  Eau brillante et mobile aux reflets radieux,
  Salut à toi ! salut, premier bienfait des cieux !

   Mais nous craindrions de prolonger une lecture déjà bien
longue. Nous ne suivrons donc pas l'auteur dans l'hymne qu'il
adresse a l'eau, hymne où les ide'es scientifiques ont le mé-
rite d'être exprimées dans un très-poétique langage, et qui
se termine par ce cri :
  Le désert est vivant, le désert est peuplé !

   L'Académie, regrettant quelques imperfections qui dé-
parent ce poème, mais frappée de la haute et poétique
inspiration qui l'a dictée, accorde a M. Lesguillon une pre-
mière médaille de la valeur de 300 francs.