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ÉTUDE SUR LA CRÉMATION. 6!) ne sache rien de plus décourageant et de plus terrible que ce mystère de corruption charnelle qui commence à la cessation de la rigidité cadavérique, pour s'achever dans les profondeurs ténébreuses d'une tombe à six pieds sous terre. Il y a, dans ce drame lent et odieux de destruction souterraine, des péripéties qui révoltent la pensée. L'œil humain qui ose tout sonder, ne fouille pourtant qu'à regret, dans de graves circonstances et à demi-voilé, ce chaos suffoquant de pourriture. Les poètes eux- mêmes, qu'affectent à égal degré tous les détails de l'humanité, et dont le scalpel aigu met à nu les misères les plus humiliantes, comme nos grandeurs, les poètes eux-mêmes, après avoir tenté quelquefois de décrire ces immondes cruautés du sépulcre , se sont, au début d'un tableau saisissant, arrêtés comme pris par le vertige , comme étouffés par la fétidité de ces émanations sans nom d'outre-tombe, et leur chant s'est interrompu ; vox faucibus haesit. Il semble même, en bien scrutant nos cœurs, que dans ce saint et universel respect qui entoure la dépouille des morts, et punit comme d'un sacrilège la violation de leurs sépultures, il semble , dis-je, qu'il enlre un peu de sentiment intéressé. Il semble que, si la raison proclame l'inviolabilité absolue et sacrée des tombeaux, c'est autant pour dérober à la lumière et aux regards des vivants, ces inimaginables scènes du cercueil, que pour protéger souverainement le sommeil de notre cendre. En vérité, quand on pense à ces choses, et qu'on se les décrit intérieurement, on ressent une telle fièvre d'horreur, un tel malaise qu'on est tenté de s'affaisser dans un découragement général. Quand on les a vues et qu'on se les rappelle, on éprouve d'incommensurables défaillances, et si l'on n'avait, pour raffermir sa pensée épouvantée, la consolante conviction de l'immortalité radieuse de notre âme, il y aurait de quoi se maudire et se cons- puer en présence de cette ironique et ravalante destinée de noire chair. Quel supplice pourtant de voir se renouveler tous les jours ce cruel et nauséabond phénomène ! de sentir, malgré vos étreintes, des êtres adorés, des proches, des amis, des pa- rents vous échapper, et cédant sans défense à celte horrible loi, devenir la pâture de reptiles innomés !