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10 CHENAVAR1.
« Notre barque bientôt va toucher aux Cévennes ;
LÃ , du Dieu que je sers, loin des erreurs humaines,
L'autel à tes regards va s'offrir ; et je veux
T'asservir à son culte, afin que sur ta vie
S'épanchent les succès au gré de ton envie ;
Si ton genou s'incline, il comblera tes vœux... »
L'esquif s'est arrêté : leurs pieds touchent la plage.
Dans un bois ténébreux le Druide s'engage ;
Le guerrier suit ses pas en de nombreux détours ;
D'un sommet sourcilleux ils atteignent le faîte ,
La voix du nécroman adjure la tempête,
Et la tempête éclate en rugissements sourds.
Alors tombent les plis de sa robe flottante ;
Une tunique étroite, à la couleur sanglante,
L'enveloppe à demi ; ses cheveux détachés
De leurs mèches d'argent couvrent ses pâles rides ;
La verveine, le gui, toujours chers aux Druides,
Sous ses longs vêtements cessent d'être cachés.
Sa main tient un poignard ; à ses yeux se déploie
D'un large papyrus le parchemin de soie ;
Il prononce des mots au guerrier inconnus...
Un fantôme aussitôt s'est élevé dans l'ombre,
Et son front, où flamboie une auréole sombre,
Répand un faible jour sous les rameaux touffus.
Le guerrier devant lui courbe sa tête altière ;
Il frémit, et, pressant de son genou la terre,
Cherche du nécroman le regard protecteur ;
Puis, soudain, reprenant une mâle assurance,
Il incline son glaive et fixe la présence
De l'être surhumain qu'entoure la terreur.
—« Puissant fils de la nuit, exauce ma demande
Parmi mes ennemis que l'effroi se répande !