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PHILOSOPHIE. 277
iras bien loin et bien haut ; plus loin et plus haut encore que ne
s'élevèrent jamais et Platon et Descartes.
C'est ce qu'a démontré au monde savant une intelligence
ferme et exercée, habituée aux méthodes rigoureuses de la phi-
losophie moderne. Un penseur, portant d'abord en lui toutes les
tendances sceptiques de notre âge, a découvert et prouvé, par
raison démonstrative, ces trois vérités importantes : — Dieu seul
but fixe et consolant à l'activité et aux aspirations de l'homme;
— Puissance de sa grâce, ou inspiration obtenue par la prière ;
— Nécessité d'un médiateur— Cela aurait paru bien naturel aux
grands esprits du XVIIe siècle, qui ont su concilier la raison
avec la foi ; c'est quelque chose d'original à une époque qui n'est
pas précisément celle des Leibnitz1, des Bossuet et des Fénelon.
L'intelligence dont nous voulons parler n'est pas venue du
premier coup à cette démonstration : elle a éprouvé bien des
fluctuations, des temps d'arrêt et même de recul. Le journal qui
contient l'aveu de ses pensées intimes ressemble à celui de ces
aventuriers audacieux dont le navire est en marche vers les
contrées inconnues, ainsi que l'a dit un judicieux critique (1),
« depuis le jour où il se détache des rivages ténébreux et glacés
du matérialisme, et où, tendant ses voiles au souffle de la pensée,
et y recevant bientôt le souffle supérieur de l'esprit de Dieu, il
va de région en région... attiré de plus en plus par les divines
émanations de l'Inconnu, et salue enfin le continent de la vérité,
de la paix et de la lumière, où il surgit en expirant. » Et cepen-
dant celui dont on parle était Maine de Biran, ce penseur que
Royer-Collard appelait : « notre maître à tous, » et que M. Cousin
jugeait : « le plus grand des métaphysiciens qui ont honoré la
France depuis Mallebranche. » Laissons-le, d'ailleurs s'apprécier
lui-même, avec ce désintéressement pour tout ce qui ne porte
pas le caractère du vrai, qui donne un rare cachet de noblesse
à sa physionomie. Tout modeste qu'il fût, et souvent désespéré
(1) M. A. Nicolas, dans son étude tout à fait complète, et à laquelle
nous renvoyons nos lecteurs, sur Maine de Biran. Libr. Valon. — Paris,
J858.