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2(')4        RÉPONSE AU MÉMOIRE I»E M. BOUILLIER

esprit et toutes les foudres de sou éloquence? Et, par un rappro-
chement qui tombe sous ma plume, ce bon et simple curé d'Ars,
paroisse de l'ancienne Bresse, peu éloignée de celle que posséda
saint Vincent-de-Paul, par quels moyens attire-t-il à lui jour-
nellement la multitude, depuis nombres d'années, et fixe-t-il
l'attention?Est-ce par son instruction, sa science, son éloquence?
Pas du t o u t , c'est seulement par l'onction de sa foi profonde,
de son amour excessif de Dieu et du prochain. Tout à son âme,
il sent à peine la vie de son corps et encore moins celle de son
esprit. Son bonheur est de consoler et d'encourager les âmes en
les élevant à Dieu. 11 prie pour tous ceux qui vont à lui, et le nom-
bre en est si grand, qu'on est étonné qu'il puisse suffire à une aussi
grande tâche malgré son âge avancé.
   Le curé d'Ars touche infiniment moins par ses paroles que par
son expression, sa foi, son ardent amour de Dieu et du prochain,
qui sortent en quelque sorte par tous ses pores ; et ce qui fait le
plus son éloge et le place haut dans l'estime des moins religieux,
c'est que son esprit est sans exaltation et que sa profonde humi-
lité a détruit en lui tout sentiment d'orgueil dont nous savons si
peu nous défendre dans nos succès.
   D'un autre côté, la moralité, c'est-à-dire, l'élévation de l'âme,
les bons sentiments, en un mot, les bonnes mœurs, proviennent
infiniment moins des études de collège, de la connaissance des
langues et de l'histoire, que des bons préceptes et surtout des
bons exemples, et ce qui nous rend estimables au yeux de nos
semblables, comme aux yeux de Dieu, c'est moins notre esprit,
nos facultés intellectuelles, quel qu'en soit le développement,
que nos vertus, c'est-à-dire, la justice, la charité, le désintéresse-
ment, le dévoùment, en un mot, les sentiments chrétiens qui
appartiennent exclusivement à l'âme.
   De tout ce qui précède, découle la distinction importante de
la vie de l'âme, de celle du corps et de l'esprit.
   Le bonheur tient donc moins à la richesse de notre esprit
qu'aux trésors de notre cœur, ce qui revient à dire, qu'une bonne
éducation est infiniment préférable à une grande instruction.
Toutefois, comme l'une n'exclut pas l'autre et qu'elles peuvent