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                    LETTRES DE F. OZANAM.                    238

combat. C'est la chaire de philosophie, c'est le cours de
Jouffroy, qui a été notre champ de bataille,
    Jouffroy, l'un des plus illustres rationalistes de nos jours,
s'était permis d'attaquer la révélation, la possibilité de la
 révélation. Un catholique, un jeune homme, lui adressa
quelques observations par écrit; le philosophe promit d'y
répondre ; il attendit durant quinze jours pour préparer ses
armes, sans doute, et au bout de ce temps, sans lire la lettre,
il l'analysa à sa manière, et essaya de la réfuter. Le catho-
lique, voyant qu'il était mal compris, présenta une seconde
lettre au philosophe ; celui-ci n'en tint compte, il n'en fit
point mention et continua ses attaques diffamatoires, jurant
que le catholicisme répudiait la science et la liberté. Alors
nous nous réunîmes, nous dressâmes une protestation où
étaient énoncés nos vrais sentiments : elle fut revêtue à la
hâte de quinze signatures et adressée à M. Jouffroy. Cette
fois, il ne put se dispenser de nous lire. Le nombreux audi-
toire, composé de plus de deux cents personnes, écouta avec
respect notre profession. Le philosophe s'agita .en vain pour
y répondre, il se confondit en excuses, assurant qu'il n'avait
pas voulu attaquer le Christianisme en particulier, qu'il avait
pour lui une haute vénération, qu'il s'efforcerait à l'avenir
de ne plus blesser les croyances. Mais surtout*! a constaté un
fait bien remarquable, bien encourageant pour l'époque
actuelle : « Messieurs, nous a-t-il dit, il y a cinq ans. je ne
« recevais que des objections dictées par le matérialisme ; les
« doctrines spiritualistes éprouvaient la plus vive résistance;
« aujourd'hui les esprits ont bien changé : l'opposition est
« toute catholique. »
   C'est pitié de le voir, ce pauvre homme, s'escrimant à
résoudre, par les seules forces de la raison, le problème des
destinées humaines ; chaque jour, des contradictions, des
absurdités, des aveux involontaires lui échappent. Dernière-