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LE PÈRE DE LA CHAIZE. 153
païens, assignait à ses pasteurs le territoire où devait s'exercer
leur mission. En revanche, il n'était rien changé aux divisions
territoriales du culte protestant.
La Constitution, non contente de supprimer les abbayes, cha-
pelles , prieurés, bénéfices, détruisait une institution indispen-
sable à la bonne administration des diocèses : les Chapitres des
Eglises cathédrales.
Les évêques appelés à occuper les nouveaux sièges, étaient
dispensés, en vertu de la Constitution, de la confirmation du
Pape. Ils devaient seulement, comme les évêques jansénistes
d'Utrecht, lui adresser une lettre pour lui faire part de leur
avènement à l'épiscopat, c'est-à -dire, pour l'avertir qu'ils se
passaient de lui. Quant à l'institution canonique, elle était dévo-
lue de par la Constitution au métropolitain ou au plus ancien
évêque. Ainsi était supprimée la discipline des siècles, ainsi le
Pape était spolié de sa juridiction, ainsi étaient brisés les liens
qui rattachent toute Eglise orthodoxe au centre de l'unité.
Le choix des évêques n'était plus laissé au roi, ainsi que le
prescrivait le concordat de Léon X, ni au Chapitre de la cathé-
drale, comme cela avait lieu en plusieurs Églises (1) ; ni au clergé
assisté des fidèles, « comme autrefois en bien des pays, auxquels
cas les élus étaient toujours confirmés par le Pape (2) ; » la Cons-
titution civile statuait, que les évêques seraient élus par les élec-
teurs civils chargés de nommer les administrations départemen-
tales. Les Protestants et les Juifs qui faisaient partie de ces corps
électoraux, pouvaient choisir qui bon leur semblait pour évêque ;
dans certains lieux ils avaient la majorité. Le clergé seul était
exclu de ce vote. C'est ce mode d'élection que certains historiens
de la révolution française ont osé comparer à celui dont usa la
primitive Eglise. Ils ont ignoré, sans doute, que lorsque les
premiers chrétiens choisissaient leurs évêques, ils s'aidaient des
lumières du clergé, que leur choix n'était pas une élection mais
une simple désignation de leur candidat, que sans la confirma-
(1) Hisl. univ. do l'abbc Uohrbacher, t, 27.
(2) Ibid. Ibid.