page suivante »
148 LE t'ÈRE DE LA CHAIZE.
indécents et quelquefois les plus tragiques. Les Mémoires du
temps racontent que plusieurs d'entre elles , afin de figurer la
passion de "Jésus-Christ se faisaient mettre en croix pendant
plusieurs heures, et que des prêtres non moins fanatiques, rem-
plissant l'office de bourreaux, clouaient les pieds et les mains
de ces martyres volontaires de l'hérésie.
Les convulsions achevèrent de déconsidérer la secte et de
la faire tomber dans le dernier mépris. Elle n'était pas éteinte
cependant, et elle prolongeait par tous les moyens sa vie lan-
guissante.
Depuis longtemps, pour subvenir aux dépenses de leurs
adeptes, les Jansénistes avaient formé une caisse. On l'appelait
la boite à Perrette, du nom de la gouvernante de Nicole, qui par
son testament avait laissé pour les besoins de la cause un legs
de 40,000 livres. La boîte à Perrette s'enrichit successivement de
nouveaux dons qui s'élevèrent à plus de 4,400,000 livres. Cette
caisse servait à soutenir les Nouvelles ecclésiastiques, organe
'effréné du parti, à l'impression et à la distribution gratuite de
pamphlets contre le pape, les évêques, le roi de France ; elle
servait aussi à faire des prosélytes, à envoyer des agents en
Europe, à entretenir des moines et des religieuses échappés de
leurs cloîtres, et même à fabriquer des miracles (1).
« Partout ou imprimait les Nouvelles ecclésiastiques , arme terrible,
empoisonnée, que les Jansénistes maniaient dans l'ombre avec une incom-
parable adresse... Or ces feuilles rédigées par des théologiens contre
des théologiens , par des prêtres contre des prêtres, elles avaient,
colportées par la haine, une publicité dont rien ne put jamais arrêter
l'essor ; elles circulaient, grâce à des artifices ingénieux et sans nombre,
elles étaient collées le long des murs par des enfants cachés dans des hottes
que des femmes portaient sur leur dos (2). »
Tels étaient les sectaires en faveur de qui les Parlements
adressaient au roi des remontrances, et qu'ils prenaient si hau-
tement sous leur protection.
A partir de la chute des Jésuites se dessinent avec une ex-
trême netteté les véritables tendances des parlementaires. Sim-
(1) Voir Vffist. de l'Église catli. de l'abbé Rohrbacher, t. 27, p. 159.
(2) Ilist. de lu Révolution française par M. Louis Blanc, t. 1 er p. 369.