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10 DE L'UNITÉ DE L'AME PENSANTE non pas seulement quand je lève le bras ou la jambe, mais quand je respire ou même quand je pense? Comme l'âme est obligée de triompher de la résistance des muscles dans le mouvement volontaire, de même ne peut-elle penser ou respirer sans agir par les muscles, auxquels elle commande, soit sur les organes du cerveau, soit sur les poumons. Il y a donc une action et une réaction continuelle de l'âme sur le corps et du corps sur l'âme, de telle sorte qu'avec non moins de vérité qu'on a dit, le moi pense tou- jours, on peut dire l'âme meut toujours. Voici donc ce que, dès à présent, nous sommes en droit de conclure : l'âme étant une force et cette force étant unie au corps, il ne se peut qu'elle cesse d'agir sur lui; le corps tout entier étant un organe unique, il ne se peut qu'elle n'agisse pas sur lui tout entier. Mais comment faire de l'âme la cause unique de phéno- mènes aussi profondément divers que les phénomènes physiologiques et psychologiques ! Quelle n'est pas la dis- tance qui sépare des modes conscients et des modes in- conscients ! Telle est la principale objection que nous avons à combattre. Nous ne croyons pas confondre ces deux classes de phénomènes, quoique nous ayons la prétention de les faire dériver d'un même principe. Sans doute les différences qui les séparent sont grandes, mais, quelque grandes qu'elles soient, même en y comprenant provisoirement celle de la conscience et de l'inconscience, elles ne le sont pas assez pour nous obliger a couper en deux le principe constitutif de notre être et à renier l'unité de la nature humaine. C'est en vain que Maine de Biran nous objecte que, d'après la véritable méthode de la science des faits, on ne peut supposer ou affirmer l'identité de la cause autrement que par l'analogie ou la ressemblance complète entre les