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LE RÉVEIL. 185
Ah ! puisque son pouvoir pénètre
Jusqu'au fond même de mon cœur,
Faut-il enfin le reconnaître
Et le saluer mon vainqueur ?
Dois-je le fuir ou bien l'attendre ?
Dois-je lutter ou bien me rendre ?
Sylphe, Démon, Esprit subtil,
Lutin, Protée insaisissable,
Quelle est sa forme véritable,
Quel est son but et d'où vient-il ?
V.
Et vous dites encore : où donc est l'interprète ?
A le comprendre enfin je sens que je suis prête ;
Qu'attend-il ? — Il laissait Dieu vous y préparer,
Car il est près de vous. Il veille. Il vous écoute :
C'est le poète, ami que trouve sur sa route
Quiconque a peur de s'égarer.
Et c'est lui qui vous dit : Accueillez avec joie
Ce trouble précurseur. Telle est l'humaine voie :
Chaque progrès s'achète et nous coûte un tourment ;
Chaque pas en avant un instant nous déroute ;
Tout travail s'accomplit dans l'angoisse et le doute,
Présages de l'enfantement.
Car cet hôte inconnu, ces vois , ces bruits sans nombre,
Tout ce monde nouveau qu'enveloppe encor l'ombre
Sur le seuil alarmé de vos nuits sans sommeil,
Préparaient votre esprit au jour qui se révèle r
Avant-coureurs obscurs d'une phase nouvelle
Qui n'attend plus que son soleil,