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LE RÉVEIL.
Dans sa calme beauté, semble être votre sœur.
Vous riez et causez, portant sur toutes choses
Vos frais babils, suivis parfois de longues pauses,
De silences rêveurs où l'on ne dit plus rien,
Où les cœurs parlent seuls et se comprennent bien.
Votre vieux père, admis à ces intimes fêtes,
Mêle sa tête austère à vos rieuses têtes,
Et, debout près de vous, couvre de son regard
Ses deux folles enfants, lui, le calme vieillard,
L'homme prudent et fort, le pilote, le guide,
Dont l'œil est votre phare et le bras votre égide ;
Lui, le chef souverain et plein de majesté,
De cette trilogie humaine trinité,
Dont les termes unis se nomment la famille,
Et que forment le père et la mère et la fille.
Ce soir, vous êtes triste, et parfois l'on croirait
Voir passer tout à coup sur votre front distrait,
Comme une ombre légère, une triste pensée.
Votre mère inquiète et toujours empressée,
Dans le partage égal qui se fait entre vous
Des petites douleurs, et dont le cœur jaloux
Des deux parts veut toujours obtenir la plus grande,
Votre mère attentive est là qui vous demande
D'où vient votre tristesse et vous parle tout bas :
Mais vous êtes rêveuse et ne répondez pas.
II.
C'est que vous écoutez, recueillie et pensive,
Une voix qui vous parle et dont l'accent arrive
À votre âme inquiète en murmures lointains.
Pareils à ces rumeurs, à ces voix étouffées