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134 ÉLOGE DE L0U1S-GABMEL SUCHET.
la capitale, avaient amené ce malheur. S'il avait souvent
gémi des maux que la guerre avait fait souffrir sous ses yeux
aux peuples étrangers, combien ne dut-il pas êlre encore
plus sensible à ces mômes maux, quand il les vit fondre sur
sa patrie! On ne se figure pas, disait-il, ce que c'est que d'en-
tendre de malheureux paysans se plaindre en français.
Il lui était cependant réservé un suffrage que son noble
cœur ambitionna toujours; sa conduite loyale, ferme et me-
surée lui mérita les témoignages solennels de reconnaissance
delà part de ses concitoyens qui lui devaient d'avoir vu ainsi
leur ville respectée par l'ennemi. Ces précieux témoignages
lui furent exprimés par le Corps municipal et par la Chambre
de Commerce. Le souvenir en est aujourd'hui consigné dans
les registres de la grande cité. Ce fut là la dernière et peut-
être la plus belle victoire de l'illustre maréchal!
Les désastres de Waterloo ayant replacé le sceptre aux
mains des Bourbons, le duc d'Albuféra fut continué dans le
commandement de son armée avec laquelle il se replia au-
delà de la Loire. Là , d'après les ordres du roi, il s'occupa du
licenciement de l'armée, opération délicate et difficile pour
un général qui était surnommé le père du soldat. L'armée
fut digne d'elle et de lui ; elle ne méconnut point la voix de
son chef, et les soldats rentrèrent dans leurs foyers avec au-
tant de soumission qu'ils avaient montré d'intrépidité lors-
qu'il les conduisait à la victoire. A peine libres, on les vit re-
prendre le chemin de leurs villages et de leurs chaumières ;
l'armée muette et morne passa de l'empereur au roi, avec
la convenance de ses regrets, mais avec l'unanimité et la dis-
cipline de son patriotisme; elle sentait que la nation avait
payé trop chèrement sa gloire, et qu'elle devait disparaître
pour laisser régner la paix. Suchet, touché des malheurs de sa
patrie, et convaincu que renouveler la guerre , bien que fa-
vorable à sa popularité et à son nom, ce ne serait que pro-