Pour une meilleure navigation sur le site, activez javascript.
[ Revenir aux résultats de la recherche ]
page suivante »
                           PÉLOPONÈSE.                             73
finit par leur donner, sous la protection du capitan-pacha, gou-
verneur des Cyclades, un bey choisi dans l'une des familles les
plus riches et les plus illustres de leur nation. Huit de ces chefs se
succédèrent jusqu'à l'affranchissement de la Grèce, non moins
suspects à leurs sujets qu'au sultan qui les attira presque tous
dans des guet-apens et les fit périr par le fer ou le poison.
   Nous traversâmes le bazar, lieu qui sert tout à la fois en
Grèce de forum et de marché, où le peuple se réunit pour faire
ses provisions, et plus encore poui parler et discuter ; assemblée
pittoresque et bruyante , au milieu de laquelle on passerait
des journées entières à écouter les conversations et à recueil-
lir sur les mœurs de piquants aperçus et d'utiles ensei-
gnements. Notre guide nous conduisit delà dans une des plus
grandes maisons du bourg pour y demander l'hospitalité ;
nous introduisîmes tout d'abord et sans façon nos chevaux dans
l'écurie qui se trouvait sous une large galerie en bois toute ta-
pissée de vignes. A peine étions-nous entrés qu'une voix de
femme adressait à Dimitri le Kalôs orisété avec lequel les Grecs
accueillent toujours l'étranger. Après avoir longtemps cherché
dans la direction d'où ces paroles étaient parties, je découvris
enfin une jeune fille accoudée sur la rampe de la galerie et pres-
qu'entièrement cachée derrière une treille épaisse. Jamais plus
charmante apparition n'avait surpris ma vue ; c'était un de ces
visages que les poètes et les peintres poursuivent dans leurs
rêves, mais que ne peuvent retracer ni le pinceau ni la poésie.
Un large rayon de soleil tombait sur cette figure et l'enveloppait
comme d'un voile lumineux ; les ombres vacillantes et les reflets
dorés de cette riche lumière entrecoupée par le feuillage capri-
cieux de la vigne la rendaient presque invisible et l'environnait
d'un prestige fantastique. Avec ses longs cheveux noirs tombant
en tresses le long de ses tempes et se mêlant aux feuilles, as-
sise sous ces ceps fertiles dont les grappes jaunies formaient une
couronne à son front, cette jeune fille semblait une prêtresse
de Bacchus, pensive et accablée, se reposant des fêtes célébrées
en l'honneur du Dieu. Il arrive souvent que la distance en-
gendre l'illusion, et que l'objet, embelli par le prisme de l'éloigné-