Pour une meilleure navigation sur le site, activez javascript.
[ Revenir aux résultats de la recherche ]
page suivante »
                        VICTOR DE LAPRADE.                        335
      S'enfonce , an jour marqué , l'Esprit des vielles rac»s ,
      Qui , renaissant du feu , vole , oiseau rajeuni,
      Et poursuit dans les temps son voyage infini.

    De tous les poèmes évangéliques celui-ci est, sans contredit,
 le plus riche, le plus varié , le plus vivant, le plus fertile en
contraste. Il atteste que M. de Laprade pourra , quand il le
voudra, faire vibrer la note humaine qu'on lui a reproché
de négliger , et nulle part il n'a été mieux inspiré et plus
complet.
    Quand nous aurons encore cité la Tentation et la Tempête
qui reproduit, avec plus de réserve toutefois, la donnée des
Argonautes , nous aurons fait connaître tous les poèmes de
la première série, ceux d'avant la conversion ; jusques-là
le poêle a gardé, comme on l'a vu, une certaine confiance
dans l'homme et dans sa destinée. Avec Psyché, il avait frappé,
aux portes de l'Olympe ; avec Hermia, il est descendu dans
le mystérieux laboratoire de Cybèle. Dans la Tempête , il
pressent encore à l'Occident une terre nouvelle ; mais à partir
de ce moment-là , le ton change ; la tristesse , te décourage-
ment , l'invective, prennent le dessus. L'Évangile des champs
nous le montre, n'abordant plus la nature qu'avec hésitation
et tremblement ; et ce poème, qui allait si bien à son talent,
conclut par celte leçon , que le livre de l'tJnivers est fermé
pour les méchants , muet pour les impies. La nature qui lui
avait tant de fois conseillé l'amour et le bien par toutes ses
voix , lui parle déjà d'exclusion.
    Avec les Larmes de Jérusalem et la Cité des fiopimes, nous
sommes en pleine satire. Je ne m'arrêterai pas à relever
tout ce qu'il y a de violent et d'amer dans ces deux poèmes
fort éloquents , je le reconnais , mais tellement sombres de
couleurs, qu'on les dirait écrits par un Millénaire se croyant
à la veille de la fin du monde. J'y retrouve non-seulement le
reflet de l'époque troublée où ils ont été composés (1851,