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                             PÉLOPONÈSE.                          313
  d'un incendie ; c'est qu'il savait qu'un oasis nous attendait au-
  delà. En effet, après avoir descendu quelques assises de rocher,
  nous nous trouvâmes soudain sur le penchant inespéré d'une
  petite vallée fraîche , fleurie, odorante, L'olivier, le citronnier,
  le laurier rose y croissent pêle-mêle et forment d'épais bos-
  quets ; leurs troncs sont couverts de mousse, des fleurs dont
 le parfum enivre se cachent entre leurs racines, des lianes
  tressent leurs guirlandes vivaces d'un arbre à l'autre, des che-
  mins, qu'on dirait tracés et sablés par la main d'un jardinier
  habile, se croisent et se perdent sous le feuillage, et les vertes
 collines qui forment une enceinte continue autour du vallon ,
 semblent les parois évasées d'une corbeille de fleurs. On pénètre
 dans ce site délicieux comme par enchantement; quand j'y en-
 trai, mes yeux ne purent découvrir ni l'issue par laquelle j'en
 devais sortir, ni le sentier qui m'y avait conduit. Je n'osais
 avancer, craignant de troubler le repos et la rêverie de l'invi-
 sible déité de ces lieux ; j'hésitais à entrer dans son domaine sans
 son assentiment et lui demandais tout bas d'apparaître. Elle ne
 répondit pas; ce charmant bocage ne cachait plus de dieux sous
 son ombre. Mais l'aspect enchanteur et inattendu de ces lieux
 avait vivement frappé mon imagination, et des souvenirs nom-
 breux vinrent s'agiter tumultueusement en mon cœur. Dans
 un moment de douce illusion , mes yeux crurent voir des om-
bres qui m'étaient chères errer dans ce frais jardin ; les unes
graves, mélancoliques , paraissant chercher autour d'elles quel-
qu'un qui leur manquait et tourner vers moi leurs regards rê-
veurs ; les autres, jeunes et folâtres, se livrant sur la pelouse à
leurs joyeux ébats. Il me semblait qu'un pas allait me réunir à
elles , qu'un cri allait leur révéler ma présence ; je restais im-
mobile et muet. Doux privilège de l'âme d'abandonner parfois
ce corps qui s'en va l'entraînant avec lui, pour revenir aux
lieux où elle a l'habitude de vivre et d'aimer et s'y reposer un
peu près de ceux qu'elle est sûre de retrouver toujours atten-
dant et aimant! Puissance bienfaitrice qui fait que, par une
attraction réciproque et spontanée, les cœurs s'appellent et se
rencontrent au même instant, dans une même pensée ! La vue