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LES TOURISTES A ROME. 61
les custodes,el les cicérones attribuent à l'Évangéliste peintre.
Beaucoup de braves gens adoptent sans examen le dire de
leur conducteur ; quelques-uns même entourent l'image
sainte d'une vénération mystique. L'Anglais serait bien tenté
de déclamer contre la superstition romaine, mais il doit être
séduit par l'excentricité du fait, et il achèterait volontiers le
tableau miraculeux. *
Je n'en finirais pas si je voulais relater toutes les fausses
opinions en matière d'art rapportées de Borne par la masse
des touristes. Cependant, je dirai un mot du Moïse et du
Jugement dernier de Michel-Ange. Le Moïse est une de ces
œuvres pour lesquelles on professa une admiration sans exa-
men. On va voir le Moïse de saint Pierre-ès-liens comme la
Transfiguration : c'est la plus belle statue. Cette opinion ne
souffre pas de contradiction, ,et je suis arrivé devant l'œuvre
destinée à orner le tombeau de Jules II, avec des idées bien
arrêtées d'avance. C'est avec beaucoup de peine que j'ai per-
mis à ma raison de poser une limite à mon admiration.
J'avais sous les yeux le guide de Nibby, et j'y lisais : la statua
di Mosé vienne considerata il capo d'opéra di quello célèbre
maestro. Il faut bien avouer qu'en présence du Moïse on est
subjugué par une grande puissance de génie ; mais, le premier
moment passé, on ne reconnaît plus le législateur biblique.
Le célèbre peintre, sculpteur, architecte et ingénieur, était
peut-être encore plus païen que son époque ; il se moquait
cruellement du Pérugin, et était sans pitié pour le vieillard
qui fut le maître de Raphaël. Le Moïse est un maître homme
qui résiste aux exigences de l'émeute; mais ce n'est pas l'ins-
piré de Dieu. Sa barbe, empruntée à quelque dieu du fleuve,
étonne par son étrangeté, et sa petite tête sans occiput con-
traste avec le développement musculaire et colossal de toute
sa personne. L'ensemble du monument, dû à des élèves de