page suivante »
0/
% MONOGRAPHIE
mais , comme on le verra plus tard , le discours de Claude eut
pour objet, non les intérêts des colons romains de Lugdunum ,
mais ceux de la population gauloise : pourquoi dès-lors aurait-
on placé le bronze dans la ville romaine ? S'il y avait été jamais,
il n'en subsisterait pas vestige aujourd'hui. En effet, un incen-
die détruisit en entier Lugdunum sous Néron, l'an de Rome 811 ;
il anéantit si complètement cette ville, que le lendemain on cher-
chait l'emplacement sur lequel elle avait été bâtie : palais, mai-
sons particulières, théâtres et monuments de toutes sortes dis-
parurent dans le commun désastre. Après dix-huit siècles, on
trouve encore en grand nombre, lorsque l'on creuse le sol de la
montagne, les preuves matérielles de l'incendie : là des frag-
ments de mosaïque, de serpentine , de briques et de marbres,
évidemment calcinés ; ici d'antiques lampes de bronze à demi-
fondues, des poutres brûlées, des amas de charbon ou de gre-
naille de plomb, reste des tuyaux liquéfiés par le feu. Comment
la table claudienne aurait-elle échappé à l'incendie? elle avait
donc été déposé autre part : elle n'était donc pas à Lugdunum.
C'est sur un des versants de la colline Saint-Sébustien qu'elle
a été retrouvée ; ce fut là sans doute qu'on la plaça d'abord , au
milieu d'habitations ségusiaves, en dehors de la colonie ro-
maine qu'elle n'intéressait en aucune façon, parmi ces Gaulois
dont elle avait émancipé les principaux personnages, et sans
doute dans un temple particulier. On ne peut aventurer sur ce
point que des conjectures plausibles. Quoi qu'il en soit, selon
les probabilités, elle a été enfouie de très-bonne heure, à la suite
de quelque accident, sans doute au temps de la ruine de Lug-
dunum par l'ordre de Sévère , vainqueur d'Albin. Si la table de
Claude, placée dans un lieu apparent, eût existé du IVe au XIIe
siècle, comment aurait-elle échappé ? on l'aurait brisée, fondue
et vendue ; elle aurait été convertie, comme tant d'autres mo-
numents de la même sorte, soit en monnaie , soit en ustensiles
de ménage. Dans ces temps barbares, personne, assurément,
n'aurait pris le moindre intérêt à sa conservation, et elle eût été
pour beaucoup un objet de convoitise. Enseveli dès le IIe siècle
sous une couche épaisse de terre, le bronze précieux a dormi