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DE LA FRANCE. 451 VTe n'est jamais une œuvre de pure philosophie ou de pure poésie, mais plutôt une œuvre d'éloquence didactique. Notre littérature est une incessante prédication. En réalité, la littérature, chez tous les peuples, est, comme chez nous, un enseignement ; car elle est partout concordante avec l'aclion nationale; c'est l'expression des sentiments d'un peuple, c'est une voix sortie de lui-môme qui l'encourage et le dirige dans l'œuvre qui lui est assignée. Chaque peuple a son but, son idée, sa chimère qu'il glorifie et qu'il invoque par l'organe de ses artistes et de ses poètes. Ce sera une. épo- pée amoureuse, chevaleresque ou mystique, l'utopie d'un do- rado terrestre ou extra-mondain. Chez presque tous les peu- ples, l'idole proposée brille au-delà du monde réel; chez leurs poêles, l'objet peut varier au gré de la fantaisie indivi- duelle, mais il appartient toujours à la région que fréquente de préférence l'imagination nationale. Dans notre littérature des deux derniers siècles, celle di- rection de la volonté, cette croyance, que tout écrivain cher- che à produire, ne porte jamais sur une donnée irréalisable, sur un idéal supérieur ou extérieur à l'homme ; les sentiments el les doctrines ne franchissent jamais les limites du possible cl de l'humain, ils. ne tendent point à nous faire sortir, par une vague aspiration des bornes du réel el du fini, mais à créer en nous l'opinion et la passion qui peuvent amener un résultat dans le milieu social, dans la sphère matérielle. Bien rarement l'inflexibilité du sens pratique des auteurs français se laisse—t—elle entraîner à nous indiquer un but Irop lointain, quoique enfermé dans les limites du possible ; c'est presque toujours un acte immédiat qu'ils veulent obtenir de notre rai- son ou de notre cœur ; rien n'apparaît dans leurs ouvrages de ce qui pourrait divertir nos regards de la réalité sociale et des destinées humaines. Les poètes eux-mêmes se sont ôlô le droit de susciter la fantaisie d'évoquer dans notre âme des