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210 DE L'ÉGLISE, DE L'JÉTAT avec précision chaque partie à mesure qu'elle se présente. L'unité profonde et insaisissable, tout en resplendissant de- vant nous, nous cache le secret de son essence; elle réveille en nous un sentiment profond et insaisissable comme elle; elle se présente comme un mystère, nous fait pressentir l'in- fini, et nous ravit au-dessus de nous-mêmes. L'unité et la variété ont toutes les deux leur manifesta- tion dans la pensée humaine. La variété se manifeste dans les rapports de la pensée avec la matièro, le temps et l'espace, lorsque l'esprit humain dis- tingue, compte, mesure, pèse et classe. Cette manifestation, c'est là science pure. L'unité se manifeste dans les rapports de la pensée avec l'unité même, c'est-à -dire l'absolu, l'immuable, l'incompré- hensible, lorsque l'esprit humain croit et adore. Cette ma- nifestation, c'est la foi. Il est important de remarquer ici que la philosophie n'est ni l'une ni l'autre de ces manifestations. La philosophie est quelque chose d'intermédiaire entre la science et la foi ; elle va sans cesse de l'une à l'autre, pour comprendre les secrets de l'une par les secrets de l'autre, cherchant à distinguer dans l'unité de la foi, à mettre de l'unité dans la variété de la science. Telle est du moins la philosophie lorsqu'elle remplit sa vraie mission ; faire embrasser les deux rivales, voilà son but sublime. Mais quelquefois, lasse de ses efforts et désespé- rant de réaliser cette union, elle oublie sa mission, elle prend parti pour l'une ou pour l'autre, et s'égare également quelque soit son cheix. Aussi la philosophie participe en même temps des caractè- res opposés de la science et de la foi; elle est en même temps immuable dans ses principes, mobile dans ses applications ; une dans ses fondements, divisée dans ses systèmes ; elle con- temple des vérités infinies et ne produit que des résultais limités.