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SORTIE DES LYONNAIS. 191 établies, servies par des cannoniers de ligne, mais ce feu ne les arrête point. Intrépides, elles s'avancent, et, marchant sur les postes ennemis, placés sous les murs et les haies qui bordent le plan de Vaise, elles les emportent successivement tous, avec la vigueur la plus brillante. Un instant cependant elles paraissent étonnées; elles s'avançaient sur Saint-Rambert par un chemin très-encaissé, et l'ennemi, qui avait des postes sur l'un de ces côtés, redoublant un feu que sa position rendait très-meurtrier, causa un léger mouvement dans les premiers pelotons. Sentant à l'instant tout notre danger, je prends moi-même deux pelotons du centre, et leur faisant gravir l'escarpement opposé du ravin, je les mets en bataille, vis-à -vis de l'ennemi. La nature du terrain me permettait de lui riposter par-dessus la colonne qui lirait elle-même de côté, et leur feu vif et bien dirigé replie bientôt l'ennemi. Ce mouvement fut décisif, et ma colonne put alors con- tinuer sa marche. Arrêtée dix minutes seulement, tout pé- rissait, tout était pris par les renforts qui arrfvaient à l'ennemi de son camp de Limonest. L'aclion fut très-meurtrière, sur- tout pour les deux pelotons que je tirai du centre. J'éprouvai là un des moments les plus déchirants de ma vie, et mon âme se brise encore à son seul souvenir. Cinq à six jeunes gens, dangereusement blessés, s'écraient douloureusement: Général, ne nous abandonnez pas, nous sommes perdus, emmenez-nous, général. Hélas! je n'en avais pas la possi- bilité. Brave jeunesse! recevez l'hommage que ma sensibilité paye à votre bravoure et à vos malheurs. Je me retrace sans cesse ce moment affreux, et mes larmes coulent et couleront toujours à ce douloureux tableau. J'avais perdu aux pre- mières attaques M. Burtin de la Rivière, officier d'un grand mérite, -qui avait commandé avec distinction le poste de Saint- Clair. Je le vis tomber à côté de moi. On fit, dans toutes ces différentes attaques, beaucoup de