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34 EXCURSION DANS LE MIDI.
cette dague de fer au poing d'une statue en marbre. Comme
souvenir historique, l'idée est beaucoup moins drôle...
On a vu, m'a-t-ondit, des amateurs désireux d'éclaircir celle
question d'art et ce point douteux de l'histoire, passer des
heures entières au pied de la statue, armés d'une loupe, dans
l'espoir de découvrir sur l'épée du meurtrier un peu du sang
rouillé de la victime.
Ces amateurs n'ont encore pu rien découvrir, mais les Mar-
seillais, qui tiennent beaucoup à l'identité delà dague, préten-
dent que c'est la faute des loupes.
Nous recommanderons au touriste curieux de connaître la
véritable pourtrailure deLiberlat, de ne pas s'en tenir à la sta-
tue ; il devra se faire conduire dans une espèce de grenier, situé
derrière les archives de la mairie. Pour cela il suffit de savoir
se mettre un peu dans les bonnes grâces du concierge ; c'est ce
que nous avons fait.
La toile qui représente Libellai en pied, est noire, éraillée,
picotée, enfumée, mais elle a le mérite de la ressemblance ;
son état de délabrement et de vétusté allesle que ce portrait a
été peint ad vivum. C'est bien ici la laideur historique du vi-
guier marseillais. Son attitude est iière; une large écharpe
blanche est jetée sur son armure; il brandit la lame de son
épée au lieu de la tenir piquée en terre, comme on le voit dans
sa statue. La résolution et l'audace plutôt que le courage sem-
blent écrits au fond de son œil noir. Remarquez bien que j'ai dit
son œil et non pas ses yeux, car, semblable en cela à Hora-
cius Coclès, Libertat était borgne de l'œil droit.
Mais voici une chose plus curieuse que la statue et le por-
trait de Liberlat :
A l'extrémité d'un des vieux quartiers de la Cité phocéenne,
est un lieu désigné sous le nom d'Anse de la Juliette ; traversez
deux ou trois ruelles noires et fétides de ce vieux quartier,
prenez ensuite la rue de la Comète, arrêtez-vous devant une
porte au dessus de laquelle est écrit :
FABRIQUE DE JIOIU ANIMAL, N. 4. C'EST ICI.