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les apprécier, et notre personnalité, avant de s'être consti-
tuée, irait expirer dans le sein de la félicité infinie.
Et voilà précisément pourquoi Dieu, afin de soulager et
d'exercer nos cœurs pendant son absence, nous a donné père,
mère, frère, épouse, enfants, amis et prochain à aimer; affec-
tions que vous avouez vous-mêmes être les seules douceurs
de cette vie. Et ces amours sont sérieux et pleins de charmes,
parce qu'ils sont les préludes qui doivent nous conduire insen-
siblement au grand amour. Les affections de la famille sont
la route que Dieu a tracé ici-bas pour arriver au bonheur,
c'est-à -dire à la possession de Dieu.
Cependant il faut bien y faire attention, toutes ces affec-
tions ne nous ont été données que pour élever notre cÅ“ur Ã
l'amour de Dieu; si, pour elles, vous alliez l'oublier, c'est lÃ
qu'il reconnaîtrait que ce n'est pas lui que vous aimez, mais
seulement les faveurs qu'il veut vous accorder, et Dieu se
refuserait à vos caresses adultères. C'est ainsi que la jeune
fiancée envoie à celui dont elle est encore séparée, quelques
doux gages d'amour; mais elle s'informe en même temps si le
fiancé se réjouit de ces simples dons, et s'il les serre avec eni-
vrement sur son sein comme un témoignage certain du cœur
qu'il doit posséder; elle veut savoir si l'époux l'aime d'un
amourpur, ou si, nevoyant laque les futiles jeux de l'imagi-
nation d'une enfant, il presse le temps de son impatience pour
hâter la satisfaction de ses coupables désirs. Car si elle prévoyait
qu'on ne l'aime point assez pour son ame, elle s'attristerait,
et il lui répugnerait de se donner à celui dont les convoitises
ne seraient point dans le cœur. Dieu guette avec la même
inquiétude la pureté et l'ardeur de nos affections sur la terre.
Dieu entretient une véritable correspondance d'amour avec
nous par le moyen de la famille. Il vous a fait sa première
déclaration d'amour dans le cœur de votre mère; là , pouvait-
il paraître plus innocent et plus pur à vos yeux ! Dans le cœur