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puissance et de l'intelligence, nous ne savions concevoir pour
lui qu'une grande admiration. Si nous étions remontés à Dieu
par le monde moral, alors nous aurions retrouvé en Dieu
tant de tendresse et d'amour que nous aurions été épris d'une
ineffable passion. Nous ne faisons pas attention que ce qui
nous cliarme tant ici-bas est de Dieu, et se retrouve infini-
ment en lui; qu'il est souverainement tout ce qu'il y a de bon
et d'aimable sur la terre ! Eh quoi ! dans le sein même de la
famille, dans les bras de ceux que nous aimons, au milieu de
nos plus pures délices, vous n'aviez pas pris garde que nous
n'étions que dans le temps, et que Dieu portait à l'infini tout
ce bonheur dans son sein ?.. votre cœur ne sait donc pas
raisonner en amour ! c'est-Ã -dire, remonter des effets qui le
charment à la cause qui doit l'enivrer.
Ah ! vous n'avez jamais réfléchi que Dieu était sublimement
et en réalité ce que nous aimons ici d'une manière si pâle et
si passagère, parce que si vous vous en étiez aperçus, je vois
bien que lorsque vous prodiguez une si vive tendresse à votre
mère, vous aimeriez Dieu, lui qui est la meilleure et la plus
tendre des mères ! je vois bien que lorsque votre cœur est
épris de l'ardent amour de l'épouse, vous aimeriez Dieu, lui
qui est aussi la plus chaste et la plus ravissante des épouses î
que lorsque vous idolâtrez votre enfant, parce que vous croyez
vous retrouver en lui avec toute la beauté de l'innocence et
de la pureté, vous aimeriez Dieu, qui est la pureté et l'inno-
cence au point de déclarer que son royaume appartient Ã
ceux qui seront comme des petits enfants ! que lorsque vous
affectionnez votre frère ou votre ami, vous aimeriez Dieu, qui
est celui qui vous veut le plus de bien, et qui est le plus tendre
de vos amis! qu'enfin, lorsque vous êtes ravi en extase devant
la nature, vous aimeriez Dieu, puisqu'il est l'éternelle et splen-
dide source de toutes les beautés, dont il n'a fait apercevoir
en ce monde que de pâles lueurs !