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466 THÉORIE une existence libre des conditions rigoureuses où il est com- me emprisonné. De la sphère finie à laquelle il appartient il s'élève, et c'est là sa grandeur, jusques à l'infini. Deux fa- cultés le mettent en rapport avec ces deux mondes et tandis que la raison personnelle, par ses instruments, la perception, la mémoire, l'abstraction, la généralisation, l'induction, le raisonnement, saisit le fini, le sensible, la raison imperson- nelle atteint le nécessaire, l'absolu, l'infini. C'est à celte der- nière que M. Bouillier réserve exclusivement le nom de raison. Cette idée d'infini, clef de voûte de tout le système, il faut avant tout en démontrer la réalité. L'auteur y réussit sans peine et récriminant avec force contre ceux qui la nient montre que c'est l'existence du fini qu'il est malaisé de conce- voir et qui fait naître en philosophie toutes les difficultés sé- rieuses. Ce n'est pas l'infini qui est une idée négative, comme la composition du mot pourrait le faire croire, c'est au con- traire le fini qui n'existe que par la limite, c'est a dire par une négation ; l'idée d'infini qui nie cette négation est donc la plus haute affirmation possible d'une réalité. À Dieu môme se rapporte l'idée de l'infini et voilà pour- quoi elle nous domine et nous écrase. Nous concluons de l'idée de l'infini que nous avons à l'existence de l'être infini et rien ne prouve Dieu plus clairement. Chez tous les peuples, à tou- tes les époques, la notion de Dieu a compris plus ou moins clairement l'infinité, l'unité. » Le progrès religieux, dit M. Bouillier, ne consiste pas à s'élever par degré à l'idée de l'in- finité de Dieu; car il n'y a pas de degré par lequel on puisse s'élever du fini à l'infini Après avoir d'abord, pendant plus ou moins longtemps, conçu Dieu comme fini, l'humanité n'a pas commencé un beau jour à la concevoir comme infini. Eclaircir successessivement l'idée de l'infini, la purifier de tout ce qu'elle exclut, en déduire tout ce qu'elle renferme,