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La logique d'Hegel est le centre et l'ame de son système.
Son obscurité est proverbiale, même en Allemagne ; cette
obscurité tient en partie à la profondeur des idées, en partie
au défaut de clarté et de netteté dans l'exposition et le lan-
gage, et à l'emploi d'une nomenclature nouvelle, et parfois
barbare. Je n'ose donc pas espérer d'avoir toujours saisi la
pensée de l'auteur dans toute son étendue et sa vérité. Ainsi,
je me suis plutôt attaché à exposer et à traduire, qu'à com-
menter et à interprêter, me réservant ensuite de porter un
jugement général sur tout l'ouvrage.
Hegel est considéré comme le dernier terme de la philoso-
phie allemande. Son système ayant un sens tout historique,
il faut montrer par quelles transformations successives la pen-
sée est parvenue à ce dernier résultat. Une rapide exposition
des divers systèmes qui l'ont précédé est donc nécessaire.
Kant imprima une direction nouvelle à la logique, en
substituant à la logique générale et ordinaire la logique dia-
lectique et trascendantc où les formes de la pensée ne sont
plus considérées , comme dans la scholastique, en elles-
mêmes, d'une manière abstraite, et indépendamment de leur
contenu, mais dans leur rapport avec lui. Par une profonde
analyse de l'intelligence, il essaya de démêler les éléments
et les conditions diverses delà connaissance, et d'en déterminer
les caractères, la portée et la limite. Jamais une pareille r e -
cherche n'avait été faite d'une manière aussi sévère, et aussi
méthodique. Mais, parti d'un point de vue exclusivement sub-
jectif, Kant avait abouti à un résultai également subjectif. La
pensée avait vainement fait effort pour sortir d'elle-même,
elle était revenue, pour ainsi dire, en cercle sur elle-même,
sans pouvoir atteindre à l'objet; cl celui-ci était resté une
chose en soi (ding an sich) qui est perçue, mais qui n'esl pas
sue par la pensée. C'est à ce résultat que devait arriver la
méthode critique et expérimentale.