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quelles la plupart des hommes, dans leur jeunesse, quelques
hommes, toute leur vie, ont attaché un intérêt profond.
N'est-ce donc point un fait digne de remarque que celte
unanimité de croyances aux choses surnaturelles, chez tous
les peuples, dans les mêmes conditions sociales, dans les
mêmes pays, plaines ou montagnes? Quelque soient les
noms qu'on leur donne, qu'elles s'appellent trilby, comme
en Ecosse ; servant ou follet, comme dans nos pays; qu'elles
ne soient que des esprits n'ayant jamais été revêtus de for-
mes matérielles, ou qu'elles ne soient que des ombres, reflets
mystérieux de ceux qui ont passé sur notre terre et qui dor-
ment depuis dans son sein.
II n'y a, selon moi, rien qui n'ait sa signification et sa
portée dans les faits dont on peut s'emparer pour analyser
l'esprit de l'homme à tous ses âges, à toutes ses phases, civi-
lisation ou ignorance. Chacun est philosophe à sa manière :
les uns le sont par la logique et l'esprit, pourquoi d'autres
ne le seraient-ils pas par l'imagination et par le cœur ? La
raison, chez tous, veille sur la folle du logis, elle la prend
dans ses intervalles lucides; pour les autres elle la rejeté. Il
ne faut pas croire que tout ce qui est vif et brillant soit
éphémère. Quels sont, du reste, les graves esprits qui ne se
soient jamais délassés en descendant des hautes sphères de la
pensée?
Je sais des hommes qui, se qualifiant d'hommes énergiques
et complets, se reposent dans l'ivresse des sens et la débau-
che, et s'en glorifient. Pourquoi donc serait-on incomplet
et sans énergie, incapable des choses utiles et pratiques de la
vie pour aimer les études et les recherches des poètes ! — II
est des grandeurs qui descendent sans s'abaisser, de vastes
pensées qui, sans devenir mesquines et rétrécies, s'arrêtent
et s'absorbent sur la moindre des fleurs, mais ce qui est bas
de sa nature conserverait sa bassesse même sur un point éle-